La famille Gros-Gris habite en Bourgogne dans une maison de feuilles sous le grand chêne qui borde le potager du maire du village, Elle y trouve un abondant garde-manger : radis, salades, fraises et toutes les feuilles de Hosta à profusion, même les cousins limaçon qui logent de l’autre côté du jardin y ont leur comptant de nourriture.
Alphonse Gros-Gris est l’heureux père d’une petite escargote répondant au doux nom de Charlotte et de trois garçons et est marié depuis toujours avec Justine.
Monsieur Gros-Gris a ouvert, il y a quelques années, un commerce alimentaire pour tous les habitants des environs. Charlotte est fière de tenir le comptoir des salades et de servir de grands crus d’eau fraîche aux clients.
Les Gros-Gris sont fort prospères. Le père a une belle coquille grise très ample, propre et striée comme il le faut. Il porte haut ses cornes bien dressées. Charlotte, elle, est plus fluette. Elle s’habille d’une robe mordorée et ses cornes sont fines et scintillantes. Alors qu’Alphonse laisse une énorme trace gluante quand il bouge, sa fille se déplace avec légèreté sur un sentier de gouttes d’eau qui semble ruisseler et rouler à chaque mouvement.
Justine, la mère, est toute effacée derrière son mari. Jeune fille, elle était la riche héritière d’une fabrique de protège-cornes mais, par amour, elle a préféré renoncer à tout pour épouser, clandestinement, le jeune Alphonse Gros-Gris. Elle est heureuse même si parfois elle regrette un peu l’ancienne vie dans la famille des Petit-Gris. C’est vrai qu’Alphonse manque souvent de raffinement, il bave énormément et est devenu un peu trop gros. Mais elle apprécie d’être une commerçante reconnue et possède assez d’argent pour s’acheter tous les colifichets désirés pour elle et sa fille lors du passage du camion de Gustave, la coccinelle ambulante.
Toute la famille vit donc chaque minute sereinement dans l’inconscience du lendemain jusqu’au jour où Alphonse reçoit la lettre d’un notaire de Bretagne lui signifiant qu’un grand-oncle, parti pour les Amériques, est mort en leur laissant l’héritage d’un petit bien en bord de mer, sans en dire plus.
Intrigué, il décide de partir avec sa femme et sa fille pour rencontrer le notaire tout en laissant la gestion de son magasin à ses trois fils.
La préparation du voyage est difficile : découverte de l’itinéraire, choix des véhicules de transport, des compagnons de voyage… Alphonse ne veut pas voyager au péril de sa vie : ils ne circuleront pas à pied sur les routes car le trajet est trop long et le danger est partout pour une famille d’escargots de Bourgogne en voyage !
Après plusieurs semaines de recherches sans résultat, il se rapproche d’une escargote de sa connaissance : Madame Hortense. Cette dame possède une petite entreprise très florissante. Elle recrute et fait travailler des escargotes plutôt bien mises, et comme son commerce est connu dans la France entière elle envoie ses escargotes-girls « aux quatre coins de l’hexagone » avec l’aide d’un réseau très efficace car ses filles ne sauraient arriver fatiguées sur leur lieu de travail.
La négociation est rude. Les deux commerçants font enfin affaire quand Alphonse Gros-Gris propose à Madame Hortense de nourrir ses filles gratuitement pendant 6 mois en échange du transport de trois passagers supplémentaires pour le prochain départ vers la Bretagne.
Le jour du départ arrive enfin. Ils voyagent avec dix filles qui sont toutes élégantes avec leurs yeux fardés de jus de mûres et leurs lèvres frottées aux pétales de coquelicot. Elles ont pris une douche dans les gouttes d’une gouttière percée et se sont roulées dans un massif de lavande tout en n’oubliant pas de cueillir une ombelle de fenouil pour que le soleil ne fane pas les feuilles diverses qui, assemblées, les ornent de leurs plus beaux atours.
Alphonse est tout content d’autant plus qu’il les connaît toutes un peu, mais nous tairons ici comment, d’autant plus que Justine, elle, n’est pas du tout à son aise. Elle est si contrariée qu’elle fait une drôle de tête que personne ne peut vraiment voir car elle ne la sort pas trop. Elle se contente de ronchonner dans sa coquille en pensant que, tout de même, une née Petit-Gris, n’a pas vraiment sa place au milieu de ces créatures.
Charlotte adore ses compagnes de voyage. Elle leur emprunte un peu de maquillage, essaye leurs robes et surtout écoute, toutes cornes dehors, les histoires merveilleuses que ces dames se racontent sans arrêt.
Le trajet, bien qu’un peu long, est agréable à l’abri des fâcheux dans une caisse confortable. Tout le monde mange à sa faim et hormis le bavardage incessant des filles de Madame Hortense, tout le monde peut se reposer au mieux et se préparer à l’arrivée.
Enfin, un matin, la fourgonnette tout emplie de nos escargots bourguignons s’arrête dans une jolie bourgade du Finistère Nord. Les escargotes-girls partent vers l’hôtel du village tandis qu’après avoir présenté ses hommages à ses compagnes de voyage, la famille Gros-Gris se dirige vers l’étude de Maître Briac Crac’h, notaire de son état.
L’étude de Maître Crac’h n’est pas très éloignée. Après s’être fait annoncer par la secrétaire, toute la famille patiente dans le salon d’attente. Le notaire arrive enfin avec un épais dossier sous le bras.
« Voilà les dernières volontés de votre grand-oncle américain, Jerry BIG-GREY. Il vous lègue, à vous son petit-neveu et à votre famille, une belle propriété composée de 4 étages et d’une vingtaine de pièces. Cette propriété est ceinte d’un terrain de trois mille mètres carrés et se situe en bord de mer. Sa valeur est importante et elle vous revient totalement puisque vous êtes sa seule famille. Voilà une photo de cette maison et des alentours » dit-il en tendant une série de photos à Alphonse.
La maison est très bizarre. Elle ressemble à une fleur. Toutes les pièces se déploient en corolle autour d’un escalier enfin à ce qui ressemble à un escalier …sans marche. Monsieur et Madame Gros-Gris sont un peu dépités devant ces photos.
« Vingt pièces ! Comment faire le ménage ? Et surtout comment monter les courses ? Il faudra sûrement installer un ascenseur. » se dit Justine.
Quant à Alphonse, il réfléchit à la manière de revendre rapidement ce bien. Et plus il réfléchit, plus il se rend compte de la difficulté qu’il va rencontrer : « Qui va donc être intéressé par une bicoque de vingt pièces biscornues, ouverte à tous les vents et qui risque de se rompre à chaque tempête. Cet héritage est vraiment une mauvaise nouvelle. »
Le notaire leur ayant remis les clés et un plan pour se rendre dans leur nouvelle maison, ils décident d’y aller tout de même d’autant plus que Charlotte, est très impatiente de voir enfin la mer.
Le temps dans ce pays est fort agréable : il pleut et pour un escargot c’est une aubaine : pas besoin de se cacher sous les feuilles aux heures les plus chaudes comme chez eux, plus besoin de se recroqueviller dans sa coquille, transpirant et soufflant pour garder un semblant d’humidité en fermant la porte d’entrée. Ici, notre famille bourguignonne avance au milieu du trottoir facilement car la pluie rend le sol doux au ventre des escargots.
Au cours du chemin, Alphonse commence à penser que peut-être il serait agréable de garder cette maison pour les vacances. Il va y réfléchir quand il aura vu la masure.
Chemin faisant, ils arrivent à l’orée de leur propriété. À perte de vue, la mer berce le rivage. Jamais nos bourguignons n’ont vu pareil paysage. Ils restent muets d’admiration. Tout au bout de leur champ, tout près de la plage se dresse leur demeure. Elle est immense, très haute et chaque pièce s’ouvre sur l’extérieur. Cette vision est magique.
Charlotte est emportée. Tout lui plaît : la maison, le terrain, la pluie et le bruit des vagues et surtout la mer et son mouvement. Elle court le plus vite possible vers le bord de la plage. Un nouvel univers s’ouvre à elle et elle sait à cette seconde qu’elle restera dans cette maison quelle que soit la décision de ses parents.
La maison est d’une couleur vert brun indéfinissable. Lentement, ils font le tour et regardent avec stupeur la longue tige qu’il va leur falloir gravir avant d’arriver au premier étage. Les Gros-Gris viennent de faire connaissance avec leur « maison-artichaut », car oui c’est bien une bâtisse toute locale dont ils ont hérité. Ils se regardent tous les trois et sourient car cette nouvelle maison leur plaît véritablement.
Ils aperçoivent alors une longue corde brune un peu visqueuse qui va leur permettre de monter plus facilement. À la queue leu leu, ils grimpent doucement. À mesure qu’ils s’élèvent, le vent marin leur chatouille les antennes et l’odeur de la mer les fait un peu suffoquer. Après un effort important, nos trois escargots prennent appui sur la première feuille de leur maison-artichaut. Ils restent là accoudés au balcon que forme le bord de la feuille, ils sont émerveillés.
Soudain, un bruit les fait se retourner brusquement !
Interloqués, ils font face à un escargot certes, mais tellement bizarre. Il est très grand et se tient debout, dressé sur sa coquille en pointe. De longues épines sortent de ses flancs, telles des épées. Il est habillé de beige et son col est orangé. Il porte beau, des yeux très bleus, des petites oreilles et surtout des moustaches très longues. Il n’a pas l’air du tout impressionné par nos trois escargots de l’Argoat.
« Bonjour, Je m’appelle James MUREXON, mais ici tout le monde m’appelle Mario. Je suis venu ici avec mon ami Jerry. Nous étions inséparables et il est mort depuis maintenant trop longtemps pour moi qui le pleure chaque jour. » dit-il d’une voix un peu voilée de chagrin.
Charlotte est toute chavirée par son regard et par la douceur de sa voix :
« Comment vous êtes-vous connus ? Racontez-nous s’il vous plaît » dit-elle d’une voix très tenue.
« OK ma belle. Mais avant il faut que je vous fasse visiter le château, comme j’appelle cette demeure. Suivez-moi. » répondit Mario en faisant un clin d’œil.
Rapidement, ils passent d’une pièce à une autre. À chaque fois ce n’est que la découverte d’une nouvelle vue, pareille et changeante. Tout semble très beau et tellement trop grand pour la petite famille Gros-Gris. Madame soupire devant tout le ménage à faire, Monsieur calcule à toute vitesse toutes les charges d’une aussi grande demeure. Seule, Charlotte, semble vivre un conte de fées : Le château bien sûr mais surtout le prince charmant en ce bel escargot de l’Armor qui la charme déjà tant.
Une fois toute la maison parcourue, Mario leur propose un verre d’eau sur une feuille de salade. Ils acceptent immédiatement : l’eau est merveilleusement fraîche, en revanche, la feuille de salade a un drôle de goût et surtout elle est très salée !
Devant l’étonnement de ses hôtes, Mario s’oblige à donner quelques explications :
« Ici la salade est composée d’algues qui poussent dans l’eau de mer. Il y en a plusieurs centaines différentes. Pour les dessaler, il suffit d’aller les laver dans l’eau de source pour les adoucir » dit-il avec un brin d’amusement, et il ajoute en se tournant vers Justine :
« Il faut absolument chère Madame que vous alliez vous baigner dans la petite piscine juste devant votre maison. Ce bain va vous enchanter sans aucun doute ».
Au moment où il allait ajouter une information importante, des cris s’élèvent du pied de la maison :
« Mario, Mario, es-tu là ? Vite, s’il te plaît, nous n’arrivons plus à sortir le vieux Bernard de sa coquille. Il faut venir nous aider, c’est toi qui as tous les outils nécessaires pour ouvrir sa porte. Fais vite car il commence à souffrir beaucoup d’être ainsi coincé chez lui, enfin chez lui, tu sais bien comment il fait, il choisit une coquille abandonnée, ou tout comme, mais cette fois, comme il n’avait pas ses lunettes, il l’a choisie bien trop étroite ! »
Mario s’excuse auprès de ses invités et se laisse glisser rapidement le long du ruban visqueux pour secourir ce vieux bigleux de Bernard.
Alphonse, Justine et Charlotte restent un peu interloqués par cette sortie quelque peu théâtrale. Et ils profitent de se retrouver seuls pour discuter de la décision qu’ils doivent prendre.
« Devons-nous garder cette maison ? » demande Alphonse.
Unanimement, sa femme et sa fille répondent ensemble : « Oui bien sûr. », car elles ont été charmées par l’endroit.
« D’accord, répond Alphonse, elle fera une très jolie maison de vacances et elle est assez grande pour accueillir nos amis. Mais, il est sûr que ce squatter de Mario doit quitter immédiatement ce lieu. Je ne peux envisager qu’il reste avec nous. Nous ne connaissons rien de lui et il m’a paru être un sacré lascar sans trop d’éducation ni de retenue. Il partira dès son retour ».
En disant cela, il tourne le dos à Charlotte et ne voit donc pas le coup d’œil désapprobateur de sa fille.
Charlotte regarde sa mère qui lui fait un petit signe discret. Alors ensemble, elles se tournent vers Alphonse et courageusement, elles plaident pour que Mario reste dans la maison en leur absence.
« Papa, dit Charlotte. Comment vas-tu faire pour que la maison soit toujours propre comme elle l’est aujourd’hui ? Tu seras obligé de payer une société de nettoyage tous les mois et un jardinier des sables pour ratisser les abords de l’entrée surtout après les tempêtes ».
Justine ajoute à l’adresse de son mari :
« D’autant plus, mon cher époux, que Monsieur MUREXON ne demande pas de salaire pour rester et qu’il a l’air d’être un très bon bricoleur. Tu sais bien que c’est rare, de nos jours, un bon ouvrier !».
Tous préoccupés et perdus dans leurs pensées, ils n’entendent pas « Super Mario » revenir avec quelques amis dont le fameux Bernard, extrait enfin de sa coquille.
Tout ce petit monde se salue et se retrouve très joyeux autour d’un buffet de salades-algues variées. Chacun raconte sa vie et surtout les escargots de l’Armor, écoutent toutes antennes sorties, les péripéties du voyage de ces escargots de l’Argoat. Ils semblent – de plus – fort intéressés par l’arrivée des escargotes-girls en ville.
Charlotte, elle, n’ayant d’yeux que pour Mario, repose sa question, jusqu’à maintenant sans réponse : « Comment avez-vous connu Jerry BIG-GREY ? ».
Alors, Mario se cale dans sa coquille, prend un dé d’eau dans un verre bigorneau, se roule une cigarette d’algues séchées et en fermant ses yeux, raconte comment il est arrivé là devant eux, en cette demeure :
J’étais un jeune escargot d’océan qui rêvait d’aventures. Très jeune, j’ai quitté mes parents qui voulaient que je devienne guide-escargot dans le grand aquarium du musée des colonies. J’habitais en Amérique et je suis parti, sac au dos. Je voulais voir le Pacifique. Alors comme vous, mes amis, j’ai fait un long voyage, seul. Il me fallait trouver de la nourriture et travailler un peu aussi. Dans une ville du Colorado, j’avais élu domicile dans le coin d’un torrent dont j’avais entendu qu’il charriait de l’or. Chaque matin, grâce aux aspérités de ma coquille, je fouillais le lit du torrent en espérant extraire une pépite, même minuscule. Un jour, j’ai vu arriver un gros mec, un peu comme toi Alphonse qui cheminait difficilement sous la chaleur. Il s’est arrêté au bord de mon ruisseau pour se désaltérer et tremper son corps dans la fraîcheur de l’onde.
Je l’ai un peu rudoyé car il entrait sur mon territoire sans ma permission. Mais, il avait l’air tellement gentil et surtout il avait un accent qui me faisait tellement rire que je lui ai demandé de me raconter son histoire de vie. Pas drôle la vie de mon ami Jerry. Une erreur de jeunesse l’avait éloigné de sa Bourgogne natale. Il avait décidé de traverser l’Atlantique pour rejoindre une dulcinée, actrice américaine qui l’avait totalement tourneboulé. Vous imaginez bien que cette escargote-girl-là ne l’avait pas attendu. Jerry ne l’a jamais retrouvé même si, tous ses voyages au travers de l’Amérique, n’avaient que ce seul but.
Donc, ce gros bourguignon m’a ému. Nous avons pris un verre et mangé un morceau ensemble. Nous avons, pendant quelques années, cherché ensemble de l’or dans notre torrent, sans beaucoup de succès, quand un matin, après être passé, puis repassé au même endroit, Jerry trouve une petite pierre brillante… une pépite, pas bien grosse mais une pépite tout de même !
Nous tombons dans les bras… enfin presque et décidons d’aller la vendre au comptoir de la ville la plus proche.
Le lendemain matin, nous quittons, avec un peu de regret, notre campement, car nous avions décidé avec l’argent de la pépite, de pousser un peu vers la Californie. Je savais en effet que Jerry pensait encore à son actrice américaine et qu’avec l’argent de l’or trouvé, il espérait la retrouver et lui offrir une vie d’…actrice américaine.
Nous arrivons enfin à la ville, un peu exténués car les routes et les trottoirs avaient beaucoup plus de poussière que de fraîcheur.
Une importante file de chercheurs d’or, comme nous, venaient vendre leur récolte. Dans la queue, je remarque un groupe de cow-boys à la mine pas commode. Ils commencent à se rapprocher de Jerry, l’entourant et le frôlant. Le plus grand sort alors un pistolet en demandant à votre cousin de leur donner notre récolte.
Jerry est très courageux. Il se bat comme un beau diable mais malheureusement, il n’a pas beaucoup d’armes, sa coquille est lisse et fragile.
En revanche, moi, j’étais moins courageux mais plus armé d’une coquille très coupante. Nous nous sommes battus ensemble, Jerry sautant sur les yeux des assaillants, bavant tant et plus qu’ils ne voyaient plus rien tandis que je tailladais ces vilains en courant et glissant sur leur corps.
Et, Mesdames, Messieurs, nous avons gagné ! …mais nous n’avons pu vendre notre or car nous nous sommes sauvés très rapidement, cachés pendant des mois avant que Jerry ne décide de rentrer enfin chez lui, abandonnant son rêve de retrouver son actrice. Voyant ma détresse, car nous étions, au hasard de nos aventures devenus comme des frères, il m’a proposé de rentrer avec lui, ce que j’ai accepté sans aucune hésitation.
Il nous a fallu des années pour revenir, pour traverser l’Atlantique et pour retrouver son pays de naissance. Jerry en revanche voulait rester, vivre et mourir au bord de la mer. Nous avions gardé la pépite pendant tout le trajet, c’est ainsi qu’il a pu, en arrivant sur ce rivage, acheter la maison-artichaut et le terrain autour.
Nous avons vécu tellement bien ici. Lui, Jerry escargot de la terre et moi Mario, escargot de la mer. Nous avons été heureux, comme des frères, comme une famille. Tous les escargots du coin Armor et Argoat réunis, vous diront combien ils aimaient venir à nos fêtes, combien leurs enfants aimaient venir écouter nos histoires pendant les veillées.
Un jour, Jerry est tombé malade. Il a su rapidement qu’il allait mourir. C’est là que nous sommes allés trouver le notaire pour son testament. Il voulait me donner la maison. J’ai refusé car c’était important qu’elle revienne à sa famille.
Mario s’arrête alors essayant de cacher son émotion. En écoutant ce récit, toute la famille Gros-Gris a essuyé quelques larmes et surtout Alphonse a décidé de ne plus vendre sa maison et surtout de ne plus mettre Mario à la porte.
En s’éclaircissant la voix, Justine annonce qu’il est temps, pour elle, d’aller maintenant se baigner et elle s’en va doucement.
Pendant un long moment, Alphonse et Mario discutent autour de la table en buvant doucement une bonne bouteille de cidre. Ils se mettent d’accord pour que Mario reste dans la maison pendant leur absence comme gardien. Il devra tenir la propriété propre et en bonne forme et la préparer à leur arrivée pour les vacances. Tous les deux trouvent donc un arrangement.
Le soleil commençant à descendre à l’horizon, Alphonse s’inquiète soudain de sa femme qui n’est pas encore revenue de sa baignade quand il l’entend qui monte rapidement vers le salon.
Elle sourit et est aux anges et comme elle est belle : son mari a l’impression de revoir la jeune escargote qui lui a tant plu au moment de leur mariage.
« Allez, raconte-moi comment s’est passé ton après-midi » lui demande-t-il.
Et elle commence à raconter avec des étoiles au bout de ses cornes : Je suis arrivée sur la plage devant la maison et pour m’habituer j’ai trempé le bout de mon corps dans une piscine naturelle creusée dans le sable. L’eau était chaude comme un bain et surtout elle me permettait de nager doucement et de rouler autour de ma coquille sans effort. Je n’ai jamais ressenti auparavant cette apesanteur.
Les habitants de la plage sont venus me dire bonjour et me montrer les merveilles de leur pays. Je suis allée plus loin vers la mer avec eux et là j’ai senti les vagues qui m’ont caressée plus fortement. Et j’ai rencontré au coin d’un champ d’algues des drôles de dames qui m’ont dit s’appeler les étoiles et elles se sont mises à danser toutes ensemble.
Enfin pour terminer je me suis allongée dans un bain de boue rendue chaude par le soleil et me suis endormie sans me rendre compte que la mer commençait à remonter. Heureusement, un taxi-crabe qui passait par là m’a réveillé et m’a permis de monter sur son dos pour me ramener vers la maison.
« Alphonse, cet après-midi est la plus belle de toute notre vie. Je ne veux plus repartir d’ici et surtout je veux que chaque jour je puisse retrouver ces bains de mer et de boue qui me font tant rajeunir. Je refuse de rentrer demain avec toi. »
Son mari est stupéfait et dans un même temps de nouveau très amoureux de sa femme. Il ne veut pas la laisser seule avec sa fille.
Mario, le voyant très embêté, lui fait signe de le suivre dehors.
« Tu vois, Alphonse, notre pays offre beaucoup de possibilités d’offres d’emploi pour qui est courageux comme toi. Nous pouvons, ensemble, développer un complexe hôtelier qui offrirait des soins de rajeunissement grâce aux bienfaits de la plage. Je suis certain que tes amis de Bourgogne, gros, gras et argentés, seraient très contents de venir se ressourcer un peu chez nous. Qu’en penses-tu ? »
Sans attendre que son ami ne lui réponde, Mario continue à lui présenter son idée : Tu vends ton épicerie et avec ton argent, augmenté de ce qui me reste de la vente de la pépite, nous pouvons ouvrir sur ce terrain un centre de ThalassoGastéroThérapie, offrant bains de mer, massages, enveloppements, jets d’eau et bien sûr des menus diététiques.
Notre pays est notre eldorado. Nul n’est besoin de chercher de l’or dans les ruisseaux : les marées nous apportent les algues nécessaires aux soins, sans effort et à notre porte, les rochers permettent de se reposer au soleil et les creux naturels de la plage nous offrent piscines de mer et de boue. Nous avons aussi tout le personnel bon marché sur place : Nos étoiles de mer sont les meilleures masseuses pour gastéropodes avec leurs petites ventouses au bout de leurs 5 bras. Les coquilles vides des ormeaux font de magnifiques baignoires adaptées à la taille des escargots de l’Argoat. Les coquillages cracheurs, nombreux à faire des farces sur cette plage, pourraient nettoyer fort bien les coquilles lisses de tes amis. Enfin, nos cousins Oursins vont servir de gardiens, veilleurs de nuit et même de videurs à l’entrée de la boîte de nuit que nous ouvrirons dans notre centre.
J’arrête là l’énumération de tous ces ouvriers et employés disponibles sans oublier la place primordiale des crabes : taxis, transporteurs, aides au déplacement entre les soins et plein d’autres talents de ces coureurs infatigables.
J’ai même pensé que nous pourrions embaucher aussi des escargots de chez toi pour travailler en cuisine et dans la gestion de l’hôtel. Nous serons à l’accueil et veillerons à ce que ce bel établissement soit connu de tout le territoire et même de l’étranger. Nous pourrions nous appuyer pour cela sur le réseau de Madame Hortense et de ses escargotes-girls pour faire la publicité de notre centre auprès de tous leurs clients. Et moyennant une rétribution, voire des séjours gratuits pour elle et ses filles, son réseau de transports peut être mis à notre disposition pour amener des clients vers notre plage et les ramener ensuite chez eux.
Mario s’arrête tout essoufflé par son discours et aussi tout excité de connaître la réponse de son nouvel ami.
Alphonse est très très intéressé par ce que lui dit Mario, mais il a une question qui lui trotte dans les antennes depuis son arrivée en Bretagne.
« Mario. J’ai une question à laquelle je te demande de répondre avec honnêteté : Depuis que je suis avec toi sur ce balcon de la maison, je vois avec effroi tous ces oiseaux qui passent et repassent au-dessus de la plage et qui se posent à côté de nous. Alors dis-moi, dans ton pays, ces oiseaux ne mangent pas les escargots ? »
Mario se met à rire, à rire encore et encore.
« Ah Alphonse que tu es drôle. Je ne connais aucun oiseau dans aucun pays qui ne se régale pas avec un petit gastéropode qu’il soit de terre ou de mer. Aussi, comment crois-tu que je sois encore là, moi et tous mes amis bien sûr ? Nous négocions chaque année un contrat qui assure notre tranquillité et une partie de leur nourriture. »
Toute la famille Gros-Gris, réunie de nouveau autour de Mario, s’interroge en cœur :
« Tu négocies ???? mais avec qui ? ».
Je négocie avec le gang de Goélands. C’est le gang le plus dangereux de la région car ils sont tous très baraqués et surtout ils ne peuvent pas rester sans manger pendant plus d’une heure. Ils avalent tout ce qui se trouve sur leur chemin. Et je ne vous parle pas de leurs enfants, des ogres sur pattes !
Aussi, contre notre tranquille survie, nous leur assurons un repas frais par jour par l’intermédiaire du gang des Cormorans qui sont nos amis et qui pêchent, pour le plaisir, beaucoup trop de poissons qu’ils ne peuvent en manger sans mettre en péril leur équilibre alimentaire. Donc, chaque jour, ils déposent à un endroit précis de notre plage, les poissons en surnombre qui sont aussitôt récupérés par les goélands. Il faut savoir que les cormorans détestent manger des escargots car leurs estomacs délicats ne supportent pas l’effet chewing-gum de notre texture. Bien sûr, il y a eu quelques héros sacrifiés dans nos rangs, car nos amis ont essayé de nous manger mais sans succès.
Eh bien vous allez me dire : Un contrat doit avoir deux parties : Que donne-t-on aux cormorans pour leur aide ? Nous leur offrons une crème de jour extraordinaire confectionnée avec la bave mélangée des escargots de l’Argoat et de l’Armor qui leur permet de prendre le plus grand soin de leurs plumes et leurs becs.
Ce double contrat nous permet d’être en sécurité sur notre plage. Bien sûr, il y a quelques intrus difficiles à gérer. Nous mettons alors en marche notre DCA, Défense Aérienne Anti Canard. Vous avez vu ces tas de coquilles de bigorneaux et de bulots tout autour de la plage. Et bien si un canard ou même un héron fait mine d’atterrir sur notre plage, tous les coquillages, amis sur place et même parfois des enfants humains viennent lancer sur ces envahisseurs nos boulets marins et les repoussent ainsi un peu plus loin.
Aujourd’hui, nous avons dû également gérer le gang des corbeaux qui maintenant s’amérisent et mangent des vers et escargots salés. Nous avons décidé, avec le comité de défense des escargots de la terre, d’ouvrir une ferme de vers de terre sans sel. La porte est ouverte une heure par jour pour que les corbeaux des environs puissent venir se restaurer. Ce contrat tient bon depuis plusieurs années.
Voilà ce que je voulais vous dire. Cela me ferait vraiment plaisir si vous décidiez de rester ici et de faire fructifier notre petite entreprise. Je vous laisse en famille pour que vous preniez votre décision et je reviens demain matin pour connaître votre réponse. Bonne nuit mes amis.
La nuit a été longue pour la famille Gros-Gris qui a tout soupesé, le pour, le contre et le peut-être, au petit matin Alphonse décide de s’associer avec Mario pour ouvrir leur centre de ThalassoGastéroThérapie.
Tout se met en place très vite : la boutique d’Alphonse est vendue aux cousins limaçons, ses autres enfants, Madame Hortense, ses filles et quelques amis curieux arrivent par le réseau pour aider et être les premiers clients.
Les habitants de la plage et des environs viennent pour aider à, la construction des infrastructures nécessaires : la construction des habitations de bois et de feuilles pour les curistes, le creusement des baignoires pour les bains de mer et de boue, la recherche et le positionnement des pierres plates pour les massages et enfin tous les postes de travail nécessaires à la bonne marche de l’établissement.
Du haut de leur maison-artichaut, toute la famille réunie contemple leur centre de repos : tout est magnifique, tout est conforme à ce qu’ils voulaient et tout le monde est fin prêt à ouvrir. Mario fait maintenant partie de la famille, d’autant plus que Charlotte s’est rapprochée de lui et que leur mariage est prévu dans les semaines qui viennent.
Le grand jour arrive. Tout le monde est en place :
Alphonse, Justine, Charlotte et Mario sont devant la porte d’entrée de leur établissement. Tous les employés sont à leur poste et les crabes-taxis sont en ligne pour aller chercher les premiers clients qui arrivent directement de leur Bourgogne natale. En effet, Madame Hortense, enthousiasmée par son séjour de découverte, s’est chargée de la publicité au retour chez elle et a ,comme convenu, mis en place un réseau de moyens de transport vers l’hôtel de bord de mer de son ami Alphonse.
La journée se déroule comme dans un rêve. Tout le monde est aux anges et la radio locale vient faire une émission pour présenter « au monde » ce lieu unique pour tous les escargots de mer et de terre du globe.
Chaque semaine, le nombre de curistes est plus nombreux. Il a fallu développer plus de logements et agrandir encore les lieux de soins. Des personnalités du monde des gastéropodes sont vues au centre. Les reportages se multiplient et la publicité de même.
Tout ce petit monde est très content et gagne parfaitement sa vie en travaillant avec la famille Gros-Gris. Justine reconnaît qu’elle est plus à l’aise encore derrière cette caisse aujourd’hui qu’elle ne l’a jamais été derrière celle du magasin en Bourgogne. Quant à Charlotte, mariée à Mario, elle file le parfait amour d’autant plus qu’ils attendent un heureux événement pour bientôt.
Les années se déroulent ainsi au mieux pour tout le monde. Le centre ayant une renommée mondiale, il accueille un jour deux VIP la même semaine : Une famille d’escargot de Quimper, la dernière d’une grande lignée royale et Madame Porcelaine Poire accompagnée de sa fidèle servante que l’on nomme la Grande Nacre en raison de sa grande taille, directement venue de la mer Méditerranée. Ces deux curistes sont très importants. Alphonse et Justine leur ont donné les meilleures chambres et ont prévu des soins très haut de gamme. Ils sont ravis de leur séjour.
Le dernier soir avant leur départ, alors que tout le monde est bien installé dans sa chambre, un énorme bruit se fait entendre. Une sorte de tonnerre assourdissant tout le monde se précipite en dehors des logements pensant à un tremblement de terre. Vite, enfin le plus vite possible, tous nos escargots de mer et de terre, employés et curistes se retrouvent au milieu de la plage et voient, ahuris, une machine énorme qui avance vers eux et se positionne juste aux abords de la Thalasso.
Plusieurs de ces machines arrivent à leur tour et s’arrêtent également à l’orée de la propriété. Des hommes en descendent et s’apprêtent à entrer chez eux.
Alphonse et Mario se précipitent pour obtenir des explications ;
« Messieurs, que faites-vous ici ? C’est une propriété privée, vous ne pourrez pas passer. Il vous faut reculer avant demain matin. » dit Alphonse, appuyé en ce sens par Mario.
Le chef des hommes aux machines annonce à Alphonse que la mairie a décidé de construire un hôtel sur cet emplacement. En effet, cette plage étant connue du monde entier grâce au centre des escargots, il a été décidé, en conseil, de mettre en valeur le lieu et de permettre ainsi aux estivants de venir s’y ressourcer. Bien sûr, Alphonse et Mario seront grassement dédommagés par la mairie.
Sur ces paroles, les hommes s’en vont, laissant tout le monde sous le choc de la nouvelle. Demain matin, malgré la contrepartie pécuniaire, le rêve de leur vie, leur belle réalisation et tout leur avenir seront balayés sans plus de cérémonie.
Personne ne veut rejoindre sa chambre. Tout le monde parle et émet des idées.
« Bien sûr, nous irons au tribunal » dit Alphonse « …et nous gagnerons, mais ce sera trop tard » dit Mario qui est très attristé et fatigué.
Alors que beaucoup se lamentent de trouver une solution, la voix fluette de Madame Porcelaine se fait entendre :
« Je crois que j’ai une idée. Dans mon pays et dans le monde entier, je suis une espèce dite protégée. Personne ne peut me retirer de mon milieu, ni me manger, ni me faire du mal, et surtout, personne ne peut modifier de quelque manière que ce soit, l’environnement qui me sert de maison. Je le sais parce que cette protection a beaucoup embêté certaines personnes où je vis actuellement. Je dis donc qu’à compter de cette minute, je vis maintenant et pour toujours ici, sur cette plage et même dans cette maison-artichaut s’il le faut. Êtes-vous d’accord pour que je m’associe à vous ? ».
Pendant que Porcelaine parlait, la famille de Quimper s’est approchée du groupe et a, elle aussi, pris la parole :
« Nous aussi, nous sommes protégés. Il ne reste que peu de nos cousins et cousines sur la terre. Nous sommes de sang royal mais en voie d’extinction. Aussi, nous habitons tous un château en ruine au milieu d’un champ près de Quimper. Un jour, un homme acheta le terrain pour construire un garage. Nous nous sommes tournés vers la presse et les associations de sauvegarde pour qu’ils nous protègent. Eh bien ça a marché : le propriétaire n’a pas pu nous faire partir et surtout il n’a pas pu construire sur le terrain. De plus, pour garantir notre survie, le terrain a été racheté par une association qui nous a même réparé et agrandi notre logement. Il faut faire la même chose ici. Nous allons contacter les gens qui nous ont aidés dès maintenant. ».
Toute la nuit, tout ce petit monde s’active pour barricader au mieux la plage de la thalasso.
Une armée d’escargots locaux avertis par tout le remue-ménage, est venue, bavant à qui mieux mieux, pour rendre les chemins tellement glissants qu’aucune machine ne pourra dès la première heure rouler tout droit.
Les escargots de la mer et leurs copains coquillages, aidés par la marée montante, sont venus en grand nombre prêter main-forte. Ils montent avec l’aide des crabes une enceinte de sable autour de la plage. Les étoiles tissent les algues brunes de leurs cinq bras pour consolider l’ouvrage. Les oiseaux, mécontents de voir leurs arrangements ruinés au cas où la thalasso fermerait, aident aussi en formant des montagnes de galets qu’ils pourront utiliser comme des bombes lancées sur les hommes-machines si nécessaire. Tous travaillent jusqu’au bout de leur force.
Au petit matin, la plage est une place fortifiée. Personne ne peut y entrer et personne ne peut en sortir.
La ZAD de la plage des escargots est née.
La résistance peut commencer. Chacun a trouvé, fabriqué ou construit sa maison avec les matériaux trouvés sur place. Tout le monde s’est uni pour que personne ne soit oublié. L’entente est parfaite, chacun sait ce qu’il doit faire.
Les entrées possibles de la ZAD sont gardées par les gros crabes, assistés par quelques homards bien armés et une unité de couteaux prêts à en découdre. Des dizaines d’oiseaux surveillent les mouvements derrière les barricades et ont déjà dans leur bec le premier galet à lancer. Les enfants ont été mis à l’abri en prévision d’une éventuelle bataille sous des algues très épaisses.
Dans le même temps, répugnant à se salir les antennes, la famille de Quimper a averti son réseau, qui est fort fourni. La presse locale et surtout l’association de défense ont été prévenues et vont arriver dans la matinée sur le site.
Le maire et son conseil essaient de parlementer avec Alphonse et Mario qui sont inflexibles : « Nous ne partirons pas de notre maison ». C’est également le slogan qui est scandé par tous les habitants de la ZAD.
Les hommes-machines ont voulu faire démarrer leurs camions, sans succès. En effet, les escargots bretons ont durant la nuit eu l’idée de venir baver au-dessus des réservoirs d’essence. Aucun camion ne peut démarrer.
La presse arrive alors sur les lieux. Caméras et micros se tendent vers Alphonse qui explique ce qui se passe. Porcelaine et Grande Nacre viennent aussi expliquer aux informations du 13 heures qu’elles habitent là et que la protection dont elles disposent ne permet qu’on les en chasse.
Enfin, l’association de sauvegarde des escargots arrive avec son avocate. Elle donne tous les conseils nécessaires et saisit tout de suite le tribunal de la protection des espèces en danger. Puis, le site redevient calme. Nos Zadistes sont fatigués mais fiers de n’avoir pas cédé. Ils font un tour de guet en roulement pour veiller sur leur plage et les oiseaux ne dorment que d’un œil.
L’occupation de la plage va durer plusieurs jours. Tous sont heureux d’être ensemble et aucun des oiseaux, bien qu’ils n’aient pas eu le temps d’aller pêcher, n’a gobé un escargot.
Et un matin, l’association revient voir Alphonse et Mario pour leur annoncer que le préfet a décidé de leur laisser la plage et le terrain avec la maison-artichaut et que la ZAD peut être détruite car personne ne leur fera plus aucun mal.
Tous heureux, les deux compères réunissent tous les zadistes pour leur donner la bonne nouvelle ;
« Nous avons gagné la bataille. Nous vous remercions d’être restés avec nous. La ZAD va être démantelée et vous pourrez rentrer enfin chez vous. Nous allons faire une grande fête ce soir et vous êtes tous conviés. »
Vite la famille Gros-Gris et Mario préparent un buffet digne d’un palace, Madame Hortense et ses escargote-girls répètent le spectacle de fin de cure qu’elles n’avaient pas pu faire et tous les employés décorent les lieux.
Petit à petit, chaque zadiste arrive doucement sur le lieu de la fête. Madame Porcelaine Poire prend la première la parole :
« Chers Alphonse, Justine et Mario, je vous remercie pour cette semaine époustouflante. Je ne me suis jamais aussi bien amusée et personne ne s’est jamais aussi bien occupé de moi. Aussi, bien que l’eau de mer soit beaucoup plus froide que chez mon ancien chez moi, je décide de rester définitivement ici. Pas à la thalasso, mais sur la plage avec mes amis bretons. La Grande Nacre va rester aussi, je crois qu’elle est tombée sous le charme d’une palourde qui lui a conté fleurette pendant ces quelques jours. La maison construite dans la ZAD me convient parfaitement et mes jours vont couler très doucement avec vous ».
D’un seul coup, tous les curistes se mettent à parler en même temps :
« Moi aussi, je reste. Moi je ne veux pas rentrer en Bourgogne et je veux me construire une maison-artichaut aussi. Moi, je suis venu avec la marée et je veux rester pour aider. Je m’appelle Jules et je cherche un boulot etc. »
Personne ne veut repartir et tous veulent rester sur la plage à l’endroit où leur rêve de justice et de fraternité a pris forme, à l’endroit de la ZAD de la plage des escargots.
Seuls les escargots de Quimper ne sont pas restés. Ils ont une grande famille dans le château à nourrir mais ils ont promis de revenir très souvent, ils ne sont pas si loin, comme amis et pourquoi pas comme curistes de nouveau.
Cela fait maintenant de nombreuses années que sur ce petit bout de plage du Finistère Nord, les escargots de l’Armor et ceux de l’Argoat vivent en toute amitié, entourés de tous leurs amis, coquillages, crabes et aussi goélands, cormorans et même corbeaux, en faisant prospérer le centre de ThalassoGastéroThérapie le plus en vue du département.